Conférence Slow Food

conférence Slow Food

Hier soir j’ai assisté à une conférence très intéressante organisée par l’association Slow Food Terre Normande  à Pitres dans l’Eure, village voisin de mon lieu d’habitation.

Je vous avoue que lorsque j’ai vu cette petite publicité (voir ci-dessus) dans le petit prospectus distribué à l’école de mon fils, j’ai d’abord été très surprise qu’un petit village de campagne organise cela (merci à l’Espace des deux rives d’avoir organisé ça !)

Et puis bien évidemment, je me suis inscrite car je ne pouvais pas passer à côté d’une conférence sur ce sujet à seulement quelques kilomètres de chez moi !

Autre surprise : cette conférence se déroulait en plein festival du cirque (oui oui !) et donc nous avons y avons assisté sous un chapiteau !

Une fois passée cette nouvelle surprise, j’ai pu constater que malheureusement cette thématique n’avait pas ameuté les foules puisque nous étions seulement une petite vingtaine de spectateurs dont plusieurs faisaient partie d’associations locales (dont mon AMAP  Saveurs et Savoirs).

L’intervenant qui animait cette conférence était Christophe Lançon, responsable de l’association Slow Food Terre Normande et professeur de cuisine de son métier.

conférence slow food intervenant

Le contenu de cette conférence était très intéressant et on sent que Christophe Lançon a une grande connaissance de son sujet et qu’il a énormément de choses à en dire.

Seul soucis, il a une grande tendance à la digression et on passe rapidement d’un sujet à l’autre au fur et à mesure des idées qui lui viennent (toujours en rapport avec le sujet qui nous intéresse néanmoins). J’aurais parfois souhaité plus d’approfondissement sur certaines thématiques plutôt que passer de l’une à l’autre aussi rapidement.

A sa décharge, le temps était compté et ce sont les organisateurs qui ont fini par nous indiquer qu’il était temps de partir après presque 1h30 de conférence ! Je dis « nous » car très vite la conférence s’est transformé en discussion générale, notre petit nombre facilitant ce rapprochement.

Christophe Lançon a notamment abordé la question de la nourriture dans les cantines puisqu’il a visiblement été chef de cantine autrefois, il a donc bien analysé quels étaient les freins qui empêchent plus de bio et local dans les cantines. Et finalement ce ne sont pas forcément ceux que l’on croit !

Il y a bien sûr une question de volonté : comme il nous l’a expliqué il faut que 3 personnes réussissent à se mettre d’accord pour que cela puisse se faire : le maire de la commune où se trouve la cantine, le chef de cuisine de cette cantine et l’intendant chargé d’acheter les matières premières et le matériel. Si l’une de ces 3 personnes fait barrage, il n’y a pas possibilité de faire appel aux producteurs bio et locaux pour fournir la cantine.

Mais c’est loin d’être le seul obstacle : la législation interdit apparemment de faire rentrer des légumes « sales » (comprenez qui sortent de terre) dans la cuisine où la nourriture est préparée, et ce pour des raisons d’hygiène. Il faut donc que les cantines possèdent ce que Christophe Lançon a nommé « une légumerie« , c’est-à-dire un endroit où nettoyer et éplucher les légumes avant de les introduire dans la cuisine.

N’ayant jamais travaillé en restauration collective, je n’avais absolument pas pensé à cet obstacle pour faire manger bio et local à nos enfants !

Christophe Lançon nous a également parlé des anciennes races de légumes qui sont en train de disparaître, et notamment d’une race de choux originaire de ma région (la Haute-Normandie) et plus précisément du nord de Rouen : le Choux de Saint Saëns (Saint Saëns étant le nom d’une commune de la Seine Maritime). Apparemment c’est un choux qui a pratiquement disparu pour une raison très intéressante : il est énorme !

Il était cultivé avant les années 50 dans un but très précis : nourrir les salariés agricoles. En effet, avant la mécanisation de l’agriculture qui a fleurie à partir de l’après-guerre, il fallait 20 salariés agricoles pour un exploitation de 100 hectares (ce qui était en moyenne la norme, on en est aujourd’hui très loin), ce qui revient à 5 hectares par travailleur.

Or, ce choux de Saint Saëns était si gros qu’un seul suffisait à nourrir les 20 salariés de l’exploitation le midi ! (ici un article sur Gérard Mallet qui a sauvegardé l’espèce, avec une jolie photo de ce beau légume !)

chou-de-saint-saens

On comprend bien aujourd’hui, vu nos modes de vie, que ce type de légumes n’a plus vraiment sa place dans notre quotidien ! Seules les cantines et restaurations collectives pourraient se permettre d’utiliser un tel légume, or vu les conditions d’hygiène que j’ai mentionnées plus haut, cela parait très compliqué pour un petit producteur qui souhaiterait sauvegarder et vendre ce légume en voie de disparition car rien n’assure qu’il pourrait effectivement écouler sa production !

Bien évidemment, les récents scandales alimentaires, notamment le cheval dans les lasagnes au bœuf, ont été abordés et Christophe Lançon a donné une explication à laquelle je n’avais absolument pas pensé pour cette histoire de viande de cheval : La Roumanie (dont provenait cette fameuse viande de cheval) est en train de vivre la mécanisation de l’agriculture que nous avons vécu après-guerre. Ils abandonnent progressivement les chevaux de traits en faveur des tracteurs. Ils se retrouvent donc avec beaucoup de chevaux qui sont « mis à la retraite » et donc envoyés à l’abattoir… Donc beaucoup de viande de cheval à écouler… Je vous laisse deviner la suite…

Comme je l’ai dit précédemment, le petit nombre de spectateurs a très vite permis à cette conférence de devenir une discussion intéressante et il était assez instructif de constater les éventuels blocages de chacun à modifier son mode d’alimentation. Une dame notamment disait ne pas pouvoir se passer de viande et en manger 2 fois par jour tous les jours. Et pour elle il est inconcevable de faire autrement…

Vu son métier de cuisinier, on aurait pu s’attendre à ce que Christophe Lançon soutienne un tel discours également (on le sait les cuisiniers défendent aisément la tradition culinaire et sont rarement fans du véganisme), pourtant il a été le premier à dire que nous devions absolument réduire notre consommation de viande car le modèle actuel n’est absolument pas soutenable. Il nous a bien évidemment cité l’exemple des 3 planètes qui seraient nécessaires si tout le monde sur Terre vivait comme un occidental.

Alors ne vous méprenez pas, même s’il considère qu’il faut diminuer sa consommation de viande, il nous a également dit qu’il ne comprenait absolument pas le combat des associations comme L214 et le véganisme. Bah oui, il reste cuisinier quand même hein !

(Loin de moi l’idée de critiquer les cuisiniers, hein, et je sais que de plus en plus se tournent vers le végétarisme, et les plats végétaux, mais ça reste une corporation où le taux de végés reste très bas, et pour cause !).

Bien évidemment la question du prix du bio est évidemment arrivée sur la table, et nous étions tous d’accord pour dire qu’effectivement, pour ne pas se ruiner en bio il faut obligatoirement modifier son mode de consommation et se rapprocher des matières premières à cuisiner soi-même au lieu d’aliments tout préparés qui proviennent du « bio industriel » qui a des conséquences désastreuses au niveau social et humain puisqu’il résulte de l’exploitation de salariés fragiles (migrants, etc…) notamment en Espagne.

C’est notamment pour ça que le bio ne suffit pas, tout comme le local ne suffit pas. Il faut pouvoir consommer BIO ET LOCAL, et si possible en circuit court (dans l’idéal du producteur au consommateur sans intermédiaire ) afin d’être certains de ce que l’on cautionne par nos achats. (Herveline du blog « Sortez de vos conapts » a fait un article très intéressant sur le sujet que je vous conseille de lire !).

 

En résumé, j’ai passé un très bon moment, j’ai appris pas mal de choses et j’étais très frustrée lorsque les organisateurs nous ont demandé d’arrêter car je n’avais absolument pas vu le temps passer ! Lorsque j’ai vu qu’on y avait passé 1h30 j’étais très surprise, j’avais l’impression que ça n’avait durer qu’une demie-heure, je suis donc restée un peu sur ma faim !

Cette conférence m’a également remotivée par rapport au projet de ferme permaculturelle de mon conjoint ( voir articles ici et ici pour toutes les explications de notre projet !) à chercher avant tout à sauvegarder des espèces anciennes et locales. Nous sommes normands, nous aimons notre région et nous avons envie de sauvegarder son patrimoine végétal !

J’espère bientôt pouvoir vous en donner des nouvelles 😉

 

 

 

 

 

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6 réflexions sur “Conférence Slow Food

  1. Beau résumé! Je suis vraiment d’accord avec toi sur le fait que les différents sujets ont été plus survolés qu’approfondis et j’ai partagé ta frustration à la fin, car le débat était passionnant. Une heure de plus n’aurait pas été de trop!
    Bisous, Nono.

    Aimé par 1 personne

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